Opiniâtreté d’une pensée
Comme je flânais en l’étrange et vieille forêt ; nébuleuse et sans chemin, sans orée ; soudainement, abruptement me vint un haut-le-cœur ; vint un glacial souffle de peur. Un vil serpent, avec ses crocs s’agrippant, instillait en moi son odieux poison d’effroi. En toute chose était un sommeil rance régi par une dissonance. Timide, la pluie tombait en un sourd silence, et les ramures éventées n’osaient frémir en conséquence. Dès lors, paralysée mon ardeur s’en trouva, tout de même je continuai à errer en le sombre bois. Quand bien même je fus perdu, d’avancer je résolus.
Sous mes pas qui s’élancèrent, en la morne et froide terre, ondulaient d’innombrables racines à la sournoiserie maline qui, çà et là, secrètement, discrètement bâtissaient de perfides éminences, s’imposant à mes pieds avec violence. Mon avancée semblait provoquer l’indignation, et de l’écorce déchue émanaient des murmures proscrivant toute action. Maintes fois j’hésitai, ne sachant plus sur quel pied danser ; je vacillai, je trébuchai. Dès lors, paralysée ma volonté s’en trouva, tout de même je me relevai et continuai à errer en le sombre bois. Quand bien même je fus perdu — plus que perdu — d’avancer je résolus.
Et dessus la terre livide, livide et veule, se coucha un lourd et opaque linceul, étreignant ma vue d’un voile qui esseule. Il portait en lui la rumeur d’êtres mystificateurs faisant fi de leur noirceur. Entrelacés au flou flottant et pareils aux nuages ils apparurent, sans corps ni jambes, emplis d’une aigreur aussi ardente que les braises qui flambent. Pernicieusement, silencieusement ils se mouvaient aux alentours ; à de sifflantes machinations ils eurent recours. Maintes paroles grincèrent à mon ouïe : que des calomnies ; et mon corps en partie, en une brume dessus la brume, s’évanouit. Dès lors, paralysée mon hardiesse s’en trouva. Tout de même j’avançai encore — mi-visible, mi-invisible — et errai en le sombre bois. Quand bien même je fus perdu — profondément perdu — d’avancer je résolus.
Quelle sorte de don, prouesse ou magie soutenait ainsi ma ténacité ? Je ne le sus jamais. Mais encore je continuai en l’étrange et vieille forêt ; nébuleuse et sans chemin, sans orée. Quand soudainement, abruptement vint un éclat à nul autre pareil, de par les plus sombres des ombres, tel un soleil. Vif et rassurant, avec ses faisceaux transperçant, il déchira le nuage d’obscurité m’enveloppant. Oh ! tout droit sortie d’un panthéon, dans mes prunelles elle s’élança au plus profond : cette lueur dont tous nous rêvons. Dès lors, renouvelée ma vitalité s’en trouva, et de chaque once de ma peau et de mes yeux, ce même divin éclair en émergea. Les rayons fusèrent jusqu’aux fûts noueux et las, et je vis, ébahi, les nuances et couleurs d’un chatoyant bois. Mais quand bien même il étincela désormais — et splendide il parut — de ne jamais revenir sur mes pas, je résolus.